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19 mars 2012 @ 21:46
Car l’amour est fort comme la mort. Chapitre 4  

Titre: Car l’amour est fort comme la mort.

Auteur: Sakuri

Rating: T

Résumé: Sam/Gabe, Dean/Cas slash. Léger AU. Quatre mois après l’apocalypse qui n’a pas eu lieu, Sam, Gabriel et Castiel sont ramenés à la vie tous ensemble, obligeant Sam à composer avec deux anges soudain humains et avec le fait qu’il ne devra jamais revoir son frère.

Disclaimer: Ni Sakuri ni moi ne possédons Supernatural, on fait juste joujou!

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Crossposté sur french_slashers

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Chapitre précédent

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Se voir sorti de prison par Castiel, ex-ange du Seigneur, ne fut pas le moment le plus glorieux de la vie de Sam.

Ils avaient été arrêtés sous les charges relativement mineures d'ivresse et de trouble de l’ordre publique. Cependant, une fois Sam fouillé, s’y était rapidement ajouté le port d’arme non déclarée, et la participation de Gabriel à un cercle de jeu clandestin- et en trichant encore – n’avait rien arrangé.

C'était déjà presque le matin quand Castiel paya leur caution avec l'argent de la carte de crédit de Sam et qu’ils se trouvèrent libres de retourner au motel, la voiture ayant été confisquée. Il gelait, l'herbe craquait sous leurs chaussures et le ciel était vert-bleu avec l'aube qui approchait.

"Ainsi donc," fit Gabriel, rompant le silence après peut-être une demi-heure. "... C'est arrivé."

"Je te déteste," l’informa Sam sans préambule, très factuellement, comme si c’était une déclaration qu’il attendait juste de pouvoir placer.

Castiel soupira et ils continuèrent de marcher sans un autre mot.

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Ils se mirent en route de nouveau dès que Sam récupéra la voiture, tous tendus et irritables d’avoir été privé de sommeil. Castiel vola sans aucun remord la place habituel de son frère sur le siège arrière et s’endormit promptement, son vieux trench-coat jeté sur lui comme une couverture et son sac à dos servant d'oreiller de fortune. Cela expédia Gabriel devant avec Sam - aucun deux n’étant particulièrement heureux d’une telle disposition.

Ils allèrent vers l’ouest, jusqu’en Iowa, Sam voulant traverser la frontière de l’état, au cas où son arrestation aurait remué des choses avec le FBI de nouveau (ce serait juste typique, le comble de l’insulte). Gabriel regardait les champs de blé défiler par la fenêtre alors qu’ils roulaient, s’ennuyant. La radio n'avait pas de réception, donc il ne pouvait même pas jouer avec les stations. De temps en temps, son regard se promenait dans la voiture, mais il finissait toujours par tressaillir quand il posait ses yeux sur l'humain.

Dépassé par le nombre, Sam avait pris pas mal de coups dans le bar la nuit dernière avant que les autorités n'interviennent. Maintenant, dans la lumière impitoyable d’un jour d'hiver, un hématome sombre s’étalait cruellement à travers une pommette et la lèvre inférieure était fendue. Sa mâchoire cliquetait chaque fois qu'il la desserrait assez longtemps pour parler et sur le volant ses articulations étaient meurtries et gonflées.

Gabriel, lui, s'était échappé sans une égratignure.

Il aurait du être ravi, tout compte fait. Aurait été, d'habitude. Ayant toujours eu un talent pour éviter le blâme et esquiver les conséquences, c’était plutôt un soulagement de constater que cette habilité ne l'avait pas abandonné avec ses pouvoirs. Mais quelque chose était différent, dans ce cas particulier. Il y avait quelque chose presque ... contrariant à cette entière débâcle. Il se demanda si c’était parce que, cette fois, il n'avait pas simplement évité les conséquences - quelqu'un était volontairement intervenu et les avait prises sur lui.

Sam était volontairement intervenu et les avait prises sur lui.

Quelque chose de déplaisant et de méconnu lui tordait les tripes. Machinalement, il regretta avoir mangé les ailes de poulet épicées au bar de bickers.

Il refusait absolument d’admettre la possibilité que ce puisse être un sentiment de culpabilité.

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Son malaise dura le reste de la journée, refusant de le laisser s’offrir un petit somme comme Castiel, ou même de fournir son bavardage habituel, à savoir irrévérencieux et sans rapport avec l’occasion. Il resta comme éteint au cours du voyage, continua dans le même état quand ils s’inscrivirent finalement dans un autre motel, une autre chambre,  et lui et Castiel observèrent Sam qui sombrait dans un sommeil proche de l’évanouissement sur le premier lit sur lequel il trébucha, ayant tenu sur les nerfs les deux jours qui venaient de s’écouler.

Castiel retira sa veste militaire miteuse, la lançant en même temps que son sac à dos sur l'autre lit et jetant à Gabriel un regard appuyé. "Si tu te sens vraiment le besoin de lutter contre l’ennui de nouveau, je te conseillerais de trouver une façon de le faire à l'intérieur du bâtiment cette fois."

Gabriel fronça les sourcils et fit un geste de la main qui suggérait exactement ce que son petit frère pouvait faire avec son conseil.

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Il ne pouvait pas dormir.

Gabriel s’était découvert une tendresse particulière pour le sommeil, une fois qu’il avait enfin trouvé le truc. En être soudainement privé était apparemment un des autres aspects cruels et inhabituels de l’humanité. Il se retournait, irritable, sur le canapé inconfortable et usé, un ressort lui rentrant dans le dos, et chaque mouvement provoquait un bruit plutôt alarmant dans le meuble brinquebalant.

À un certain moment, minuit passé, il admit sa défaite avec un soupir bruyant et rejeta la couverture le couvrant, tremblant dans son boxer et T-shirt. Essayant d'ignorer le sentiment vague de dégoût envers lui-même, il se leva du canapé et traversa la chambre jusqu’à se tenir debout à côté du lit de Sam, observant l’humain. Même dans les ténèbres, Gabriel était profondément conscient du bleu sur son visage et aussi du fait que sa lèvre fendue avait saigné de nouveau pendant la nuit. Ce n’était pas des blessures sérieuses – cela n'était rien, en fait, en comparaison d'autres coups Sam avait pris au cours des années. Bon Dieu, ce n'étaient même pas les pires blessures dont Gabriel lui-même avait été directement responsable.

Néanmoins, il ressentit une autre montée inexplicable de culpabilité.

Sans vraiment bien y réfléchir, il s’assit lui-même au bord du lit de Sam, faisant bouger le matelas inutilement. Sam expira et, sans ouvrir les yeux, se tourna sur le côté, loin de Gabriel. L'archange se figea, incertain, est-ce que cela avait été une coïncidence ou une rebuffade claire et nette ?

Il décida que, d’une façon ou d’une autre, ça n’avait pas d’importance.

"Hé BigFoot ?" Il n’osa pas parler plus fort que le chuchotement, réticent à donner à ce qu'il était sur le point de dire du volume ou de la substance. Il n'obtint de toute façon aucune réponse ce qui, en fait rendait les choses un peu plus faciles. "... Ecoute. Ce n'est pas que j'admette avoir fauté ou quoi que ce soit, juste pour être clair. Parce que ce n’est pas le cas. Je n’ai pas eu tort, je veux dire." Bordel, on ne peut pas dire qu’il était doué pour cet exercice. "Personne ne t’a demandé de sauter à mon secours et de jouer le héros. J'étais... Tout ce serait bien passé. Si tu n’étais pas un maniaque toujours prompt à jouer au preux chevalier-" Il s’interrompit brusquement, réalisant qu’il avait jeté les mots au dos d’un Sam endormi et fit une pause pour lever les yeux au ciel. " Tu devrais vraiment essayer de te débarrasser de cette tendance malheureuse au sacrifice, tu sais. On pourrait penser que mourir une demi-douzaine aurait fait pénétrer la leçon aurait dans ton crâne de Cro-Magnon. Ceci pourrait être ta dernière résurrection pour ce qu’on en sait - bien que cela semble peu probable, vu la tendance Winchester à une immortalité proche de celle du cancrelat... "Il s’éloignait du sujet, là. " Ce que je veux dire c’est….Ce que je veux dire, c’est que tu devrais arrêter de t’inquiéter autant, gamin. Moi et Castiel, on est des grands garçons, on est dans le jeu depuis un moment. Ta volonté bien intentionnée mais naïve de jouer les protecteurs commence à être lassante. Donc tu vois, si tu pouvais juste…te décrisper un peu, tout irait bien. "

Sa main plana brièvement sur l'épaule musclée de Sam comme s’il songeait à la tapoter, mais après une seconde ou deux il la laissé retomber sans contact. Il espérait que Sam était vraiment endormi. Gabriel détestait avoir à dire merci.

Avec un soupir, il se leva et revint au canapé, refusant fermement de jeter un coup d'oeil en arrière et découvrir d'une façon ou d'une autre s’il avait été écouté. Par conséquent, il manqua la lumière se réfléchissant dans les yeux de Sam, ouverts dans l'obscurité et, dans le lit d’à côté, ceux de Castiel tout aussi ouverts.

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Castiel se réveilla le matin suivant avec un... problème.

Il avait rêvé, quelque chose de fragmenté et d’intense, des flashbacks de sensations auxquelles il n’était pas habitué et qu’il ne pouvait pas se rappeler clairement. Le phénomène n’était pas exactement une expérience nouvelle, il avait rêvé plusieurs fois depuis qu’il était devenu humain, des souvenirs embrouillés et des scènes imaginées s’emmêlant dans sa tête, le laissant désorienté au matin. C’était, par contre, la première fois que cela l’affectait physiquement : ses joues brûlant alors que les cellules sanguines s’y concentraient sous la peau, son rythme cardiaque lourd et rapide, et…plus bas, tout était tendu. Il cligna des yeux étonné par lui-même, ou plutôt par l’hôte humain qui était devenu lui-même – se sentant perplexe et inconfortable et vaguement insatisfait.

La porte de salle de bains s'ouvrit et Sam apparut, lui lançant un coup d'oeil machinal au passage avant de brusquement s’arrêter et l’observer un peu plus attentivement. Ses yeux s’élargirent radicalement avant que son regard se précipite vers le plafond et s’y fixe.

"Uhm, Cas? Est-ce que tu pourrais... faire quelque chose pour ça? ...S’il te plaît?"

De nouveau, l’ange baissa la tête pour observer son corps, ne comprenant pas ce qu’il lui arrivait. Il avait rejeté la couverture pendant la nuit et le drap fin ne dissimulait pas vraiment l’étrange tente dans son pantalon de pyjama. Il pencha la tête sur le côté, intrigué.

Notant apparemment sa confusion, Sam grimaça et détourna la tête. « Oh mon dieu, il est hors de question que je m’en charge. » Il traversa la chambre jusqu’à l’endroit où Gabriel continuait de dormir et se pencha pour le secouer avec insistance. « Debout, allez. Réveille-toi ! »

L’archange se réveilla, essayant vaguement de le repousser. "Oh, quoi? Tu choisis ce genre d’heure pour m’adresser la parole à nouveau?" Il se frotta les yeux avec une moue fatiguée et bailla. "Cela veut dire que tu vas arrêter de me prendre de haut?"

Les mains sur les hanches, Sam hocha la tête dédaigneusement. "Ouais, bien sûr, si tu veux. Tu es complètement et totalement pardonné – à condition que tu aies avec ton frère La Discussion, là, maintenant, foutrement tout de suite.."

Gabriel se tourna pour fixer Castiel d’un regard encore vague, clignant des yeux à plusieurs reprises avant que son expression s’éclaire lentement  avec quelque chose de mauvais et jubilant. "Est-ce que... ?"

"Oui. Alors si tu pouvais juste–"

"Aaw. La première érection matinale de Castiel. Oh, c’est adorable."

"Ce n'est pas vraiment mon avis," s’obstina Sam, hissant Gabriel du canapé. "Juste ... je ne sais pas, explique-lui tout ça ou quelque chose du genre. Je vais aller ... n'importe où auilleurs, franchement."

Appliquant ses paroles, il partit en ligne droite vers la porte – n’arrivant pas tout à fait à s'échapper avant que Gabriel lui crie, "Hé, il devrait juste penser à Dean. Je suis sûr qu'il pourrait deviner les choses  tout seul à partir de là!"

La porte claqua et Gabriel se retourna pour le regarder, sérieux. "Okay, à partir de maintenant, plus un mot au sujet du fait que j’abandonne mes responsabilités, parce que tout ça? C’est très largement au-delà de tout, frangin. Très largement. “

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Sam revint une heure plus tard avec le petit-déjeuner, évitant d'une manière significative de demander comment la session impromptue d’éducation sexuelle s’était passé (il y avait, après tout, des choses qu'il n’avait vraiment pas besoin de savoir ). Il remit à Gabriel sa boîte de pancakes et à Cas son McMuffin saucisse et puis resta planté là, indécis,  jusqu'à ce que l'attention des deux anges dérive lentement vers lui.

"C’qu’y a ?" demanda Gabriel à travers une bouchée de gâteau pleine de sirop.

"J'étais, uh ... je pensais que je pourrais vous enseigner un peu de corps à corps. Autodéfense, vous voyez? Si vous voulez."

Gabriel arrêta de mastiquer et déglutit avec difficulté, clairement surprise. Même Castiel s’assit plus droit dans sa chaise, le sac de papier du petit déjeuner mis de côté. "Sam?"

"Je n’ai pas changé d’avis. On ne va pas aller chasser." Il les cloua d’un regard qui n’admettait pas d’argument avant de continuer "Mais vu que vous avez prouvé que vous pouvez inciter des humains tout à fait normaux à vous tuer, je me suis dit que vous devriez au moins savoir comment vous défendre si quelque chose arrive. » Il haussa les épaules, un peu honteux. 

Castiel lui donna un minuscule sourire appréciatif. "Je crois que cela serait sage."

Gabriel, par contre, sauta sur ses pieds, pancakes abandonnés, comme s’il s’attendait à ce que Sam tente de lui mettre une beigne immédiatement. "Hey, attend un peu, on se calme. Je n’ai jamais dit que j’allais te laisser m’assaillir."

"Je ne vais pas–"

"Je marque comme un rien dans ce stupide hôte! Est-ce que tu m’as vu?" Il se désigna d’une gesticulation incrédule – et, pour être honnête, il ne constituait pas une vision bien impressionnante ainsi au saut du lit, en boxer et décoiffé par le sommeil.

"Je serai gentil avec toi, promis" murmura Sam, levant les yeux au ciel. "Désolé Gabriel, mais tu as dit que tu voulais plus d’indépendance. Je veux dire–" Il eut un rictus. "–Je ne voudrais pas être accusé d’être prompt à jouer au preux chevalier. Ou quoi que ce soit du genre."

L’archange jura à mi-voix.

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Le jour de Noël arriva sans fanfare, ce qui était étrange étant donné qu’il le passait en compagnie d'anges. Sam aurait pensé que ce serait bien plus important pour eux. Que cela rentrait dans la description de leur job ou quelque chose dans ce goût là.

"La date d'aujourd'hui n'a aucune vraie signification religieuse," lui fit remarquer Castiel quand il aborda le sujet. "Elle a simplement été choisie pour coïncider avec la célébration de l’hiver pour faciliter l'introduction du christianisme."

"Donc, si vous n’aimez pas ça, c’est parce que en fait c’est juste une fête païenne ?"

Gabriel lui jeta un regard caustique. "Désolé, mais tu te souviens de qui je suis, n'est-ce pas ? Honnêtement, tu penses que c’est un truc qui me ferait tiquer ?" Il  haussa les épaules. "Ce n’est pas que nous n’aimons pas ça, de toute façon. C’est plus... aucune opinion sur le sujet, tu vois ? C'est une date sur un calendrier auquel nous ne nous conformons pas. Qui s’en soucie donc ?"

Sam haussa les sourcils. "Huh. Bien ..."

 "En plus," ajouta l'archange, les mots déformés autour de la canne de sucre rayée rouge et blanc qu’il suçait. "C’est devenu si commercial  de nos jours."

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Le Grinch passait à la télé ce soir là et ils restèrent assis à le regarder dans la chambre de motel, comme un étrange tableau dysfonctionnel de Noël. Cas était assis sur un des lits, appuyé contre la tête de lit et semblant exceptionnellement détendu. Il avait emprunté un de sweats surdimensionné de Sam, tirant les manches sur ses doigts contre la température frisquette de la chambre. Ses pieds enveloppés de chaussettes sortaient de jeans déchirés, dérangeant les couvertures et un nouveau livre était appuyé sur ses genoux relevés. Il le lisait, officiellement, mais n'avait en fait quitté des yeux le poste de télévision depuis plus de quarante minutes.

"Ce film ne contient aucun des symboles traditionnels de la Nativité," fit-il remarquer alors qu’ils observaient Jim Carrey dans son costume de Grinch traverser le Mont Crumpet. "Certes, la plupart étaient imprécis, mais j'aurais pensé que les gens restaient fixés sur leurs traditions pour le thème."

Sam lui jeta un coup d'oeil amusé. Il commençait à s'habituer à la façon dont les anges envoyaient balader le dogme chrétien de façon presque distraite. "Il est basé sur une histoire pour enfants, Cas," expliqua-t-il patiemment. "C’est supposé être drôle et un peu surréaliste. Et probablement aussi généraliste que possible, pas fixé sur une religion."

"Ouais," reprit Gabriel à travers la chambre. "Le christianisme, c’est tellement démodé. Faut vivre avec son temps, frangin."

L'archange avait malheureusement entrepris d’apprendre, tout seul, à utiliser le micro-onde  une semaine auparavant environ et il avait prouvé depuis qu’il constituait une menace dans le domaine, souscrivant apparemment à la philosophie que quoi que ce soit de comestible était mieux une fois explosé. Jusqu'ici il avait réussi à détruire entièrement un micro-ondes en couvrant l’intérieur de chocolat fondu et un autre en faisant complètement éclater une barquette de plat cuisiné, dans le couvercle duquel il avait oublié de percer des trous. Sam, qui n’était pas d'humeur à passer Noël à gratter un autre désastre culinaire du plancher  ou des murs, avait limité Gabriel à la plus simple des tâches cette fois.

A cet instant, l'appareil émit un bip final et Gabriel, triomphalement, et bien trop excité, en sortit un sac de pop-corn. "Beurre et miel," proclama-t-il fièrement alors qu’une odeur sucrée se répandait dans la chambre. Il en engouffra une poignée dans sa bouche, clairement heureux de son succès.

"Où as-tu trouvé ça ?" demanda Sam d'un air perplexe, avant de décider qu’il ne voulait pas savoir. "Tu vas t’enrober si tu continues à manger autant de sucreries que tu en as l’habitude."

Gabriel commença par écarter le sujet d’un geste, puis s’arrêta brusquement avec une mine vaguement alarmée. "Tu crois ?"

"Relax. Ta taille de guêpe est toujours intacte. Pour le moment."

L'archange sourit d'un air satisfait. "Sacrément vrai." Il revint jusqu’au canapé sur lequel Sam était assis, se jeta inélégamment sur les coussins et installa ses jambes sur les genoux de Sam, croisées au niveau des chevilles.

Déconcerté, Sam lui jeta un regard curieux. "Tu n’as pas ce genre de taille de guêpe. Ouste."

Mais Gabriel l'ignora, préférant s'installer plus confortablement dans le canapé et consacrer son attention au film, lançant de temps en temps un grain collant de pop-corn en l'air et inclinant la tête pour l’attraper. Sam soupira, admettant sa défaite, sachant bien qu’il gaspillerait son énergie à protester et reposa ses mains sur les pieds envahissant, ne sachant pas trop où les mettre autrement.

Il se sentit immédiatement effrayé et il lui fallut un long moment pour comprendre pourquoi.

Il lui vint enfin à l'esprit qu'il ne pouvait pas se souvenir avoir jamais touché Gabriel autrement que dans un geste de colère - et même là, seulement de temps en temps. Malgré ce que Dean affirmait, en règle générale Sam n'était pas tellement tactile, mais c'était rare pour lui de ne jamais toucher quelqu’un, même des contacts légers. Même avec Cas, il se souvenait vaguement il lui avoir serré la main en le rencontrant ou l’avoir soutenu quand l'ange avait poussé ses pouvoirs trop loin. Mais Gabriel...

L'archange semblait étrangement humain ainsi étendu, parfaitement détendu, les membres rayonnant une chaleur totalement normale à travers les jeans usés. Il sentait le pop-corn affreusement sucré et le shampooing fruité de sa douche précédente; il sentait une odeur propre, masculine.

En rougissant légèrement, Sam osa un coup d'oeil et trouva Gabriel en train de l'observer. L'archange souriait d'un air satisfait et comme Sam prenait un air perplexe, il eut un jeu de sourcils tout en regardant la  main étreignant son tibia.

Sam le lâcha comme s’il s’était brûlé et chercha ensuite à dissimuler le mouvement involontaire, levant la main pour gratter sa nuque tout en se demandant vaguement ce qui venait d’arriver, bordel ! Il gigota un instant, avant de finalement croiser les bras, en gardant mains pour à lui cette fois.

Paresseusement, Gabriel renversa la tête en arrière et éclata d’un rire long, apparemment très amusé.

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Et Noel passa sans grande cérémonie. Ils n’échangèrent pas de cadeaux, ne décorèrent pas d’arbre, et ne firent en fait rien de différent de ce qu’ils faisaient tous les jours depuis leur résurrection. Ce fut, cependant, une sorte d’étape importante. Ils arrivèrent à un tas de petits accords tacites qui les rendirent plus à l’aise les uns avec les autres.

Castiel s’endormit un peu avant minuit, confortablement enroulé dans le sweat de Sam et ronflant légèrement sur les couvertures. Sam et Gabriel restèrent éveillés presque toute la nuit, regardant des pubs et les traditionnels appels à la charité de saison. Ils ne parlèrent pas beaucoup, juste des murmures calmes de temps pour demander une bière ou à changer de chaine. La lumière que projetait la télé était étrangement intime, presque hypnotique, et, quelque part dans les petites heures du matin, Sam se réveilla juste assez pour noter les doigts de pied de Gabriel pelotonnés contre sa hanche, et sa propre main qui entourait une cheville, un doigt tout contre la peau chaude.

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"Je crois que je suis en train de crever. Bordel, tu m’as rompu quelque chose. Tu m’as tué encore, j’arrive pas à y croire..."

Sam leva les yeux au ciel et but une gorgée de sa bouteille d’eau. "Tu n’es pas mourant, Gabriel. Tu as juste bossé un peu pour la première fois de ta vie."

Castiel, de là où il était appuyé contre la voiture, les mains sur les genoux, réussit à articuler, malgré son souffle court, "Dean m’a dit une fois que sans exercice... il pensait que j’allais...'m’empâter'."

Gabriel grogna et roula sur le dos dans l’herbe, un bras jeté sur les yeux "Je le jure: s’il récite encore un seul proverbe issu de l’Evangile selon Winchester, je le bâillonne de nouveau au gros scotch..."

Sam renifla, incapable d’affirmer qu’il ferait un si grand effort pour le stopper.

Ils étaient dans un champ au milieu de nulle part, endroit choisi dans le but unique d’être tranquilles alors que Sam essayait de leur enseigner à se battre à la manière humaine. Le moins qu'on puisse dire, c’est que cela ne venait pas tout seul. Ni Jimmy ni l’hôte non identifié de l'archange n'avaient été des individus particulièrement costauds dans la vie, ce qui signifiait que ce n’était maintenant pas le cas de Cas ou Gabriel. Pour être juste ils étaient effectivement des soldats, comme Castiel lui avait une fois rappelé avec colère. Et ils avaient su autrefois comment se battre  habilement, mortellement. Mais cela avait été quand ils étaient des anges - quand ils faisaient partie d'un plan d’existence entièrement différent; d’une espèce différente, même. C’était comme s'ils étaient équipé de la valeur de millénaires de connaissance théorique, mais il leur manquait la mémoire  muscle musculaire, la force ou l'endurance qui l'accompagnait d'habitude. Cela les rendait lents et maladroits et prompts à l’épuisement, à leur frustration mutuelle.

Cas se remettait toujours de sa session  plus de dix minutes auparavant, pendant laquelle Gabriel s’était moqué et avait ri alors que le plus jeune des anges avait trébuché, hésité, et très vite perdu l’avantage. Il avait, en fait, continué à rire jusqu'à ce que ce soit son tour et que Sam ait enfin une occasion de lui faire vraiment  regretter la publicité pour Herpexia...

Maintenant, alors que Sam lui souriait innocemment, Gabriel luttait pour se relever. Il resta assis un moment, l’air un peu stupéfait, puis leva une main en l'air comme s’il se portait volontaire pour quelque chose. "Okay. J’abandonne. Je renonce. Je veux être un ange de nouveau."

Riant, Sam tendit la main et saisit la sienne, remettant facilement l'autre sur ses pieds. Gabriel trébucha et Sam l’attrapa par les épaules pour le tenir debout avant de se tourner vers Castiel.

"Alors, on arrête là ou l’un d'entre vous se sent prêt pour un autre rond ?"

Les anges échangèrent un regard  sombre et sans un mot Castiel ouvrit la porte la plus proche de la voiture et grimpa à l'intérieur pour finir de rattraper son souffle. Il ne semblait plus tout à fait aussi impressionné par l’idée comme il l’avait été il y a quelques jours quand Sam l'avait suggérée.

Gabriel ne semblait pas tant avoir perdu ses illusions que complètement malheureux. "Je le pense," insista-t-il, ne s’adressant à personne en particulier. "Etre humain est terrible, pourquoi est-ce que vous vous infligez ceci?"

"Pas vraiment comme si on avait le choix-"

"Je veux dire les chasseurs!" aboya l'archange. "Mon vieux, je vous respecte bien plus d’un coup. Pourquoi personne ne m’a dit qu’on se sentait ainsi ? Je renonce, gamin, promis. Tu peux te garder la profession."

Il boitait légèrement, la conséquence d’un coup de pied que Sam lui avait donné à l’arrière du genou, et, le prenant en pitié, l'humain le prit par le coude. Il y gagna un autre sourcil arqué, mais Gabriel ne repoussa pas son aide alors qu’ils rejoignaient Cas dans la voiture.

Il en fit cependant la remarque, "Tu deviens terriblement tactile ces derniers temps."

Embarrassé de le voir souligné si nettement, Sam le lâcha aussitôt. "Désolé. Je, euh..."

Des yeux d’ambre pétillèrent, plein de malice. "Je ne t’ai pas dit que tu devais cesser."

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Sam savait qu’il ne devait pas prendre la façon que Gabriel avait de flirter au sérieux.

L’archange draguait à peu près tout ce qui bougeait, y compris une bonne part qu’il avait crée d’un claquement de doigt. Son idée d’une liaison était une déesse de la destruction au caractère explosif et sa lettre de suicide avait eu la forme d’un DVD porno. Bon sang, il avait plus ou moins flirté avec Dean la première fois qu’ils s’étaient rencontrés (avant que l’antagonisme ne s’installe) et ce n’était pas comme si c’était la première fois qu’il adressait ce genre de commentaire étrangement suggestif à Sam non plus.

Donc, oui, Sam savait qu’il ne devait pas prendre les clins d’œil et sourires taquins et sous-entendus au sérieux. Honnêtement, il ne pensait pas que cela ait quoique ce soit à voir avec lui.

Il avait rencontré assez d’anges déchus, ou en train de déchoir, pour savoir qu’ils finissaient toujours par tenter de remplir la faille où leur Grâce aurait dût être avec quelque chose d’autre, comme de la méthadone angélique, ou un truc du genre ( et, wow, voilà quelque chose qu’il n’aurait jamais pensé comprendre aussi bien.) Avec Cas, ça avait été l’alcool puis les cachets contre la douleur que Dean lui avait donnés sans réfléchir et que Sam avait ensuite confisqués – mais d’autres exemples venaient à l’esprit. Anna avait eu ses dessins, les traitements qui lui avaient été donné à l’hôpital psychiatrique, l’affection avide qu’elle avait donnée sans réfléchir à Dean, et même à Ruby. Il y avait eu Uriel avec son allégeance bien mal choisie, Zachariah avec ses complots politiques, et la liste continuait.

Malheureusement, le casier de Gabriel disait qu’il finirait inévitablement par tenter de remplir ce vide avec du sexe et il n’y avait pas d’autre façon de le présenter !

De la même façon qu’il était dur d’ignorer le fait que Sam était la seule compagnie disponible à laquelle il ne soit pas apparenté, donc forcément il allait être la cible de tentatives de flirt tôt ou tard. Mais le vrai problème se présenterait si Gabriel passait à l’étape au dessus et s’attendait à ce que Sam soit réellement sa méthadone. Sam était un gars éduqué et ouvert d’esprit donc ce n’était pas qu’il avait quelque chose contre le sexe gay (angélique), vous voyez. Il ne pensait pas que c’était pour lui, c’est tout.

(Et de toute façon, Sam en avait déjà assez fait en commentant le péché vaguement faustien de baiser un démon. Il n’avait pas l’envie féroce de renforcer le fait d’être destiné à l’enfer en se tapant aussi un ange. Même si Gabriel était plutôt facile.)

D'une façon ou d'une autre, tout cela est pouvait être résumé par le fait que Sam ne devrait vraiment pas l’encourager juste parce que l'humanité de Gabriel, son incursion de fraîche date dans le monde physique, était brusquement quelque chose qu’il trouvait fascinant. Il ne savait même pas pourquoi c'était fascinant - seulement que, auparavant, prendre la liberté de toucher l'archange aurait été impensable. Maintenant, ce n'était pas le cas. Maintenant c'était facile.

Tout de même. Ce n'était en aucune façon excuse pour envoyer les mauvais signaux.

Gabriel comprendrait tout seul finalement et ils pourraient s’en tenir à la tradition Winchester : On N’en Parle Pas. Après cela, le seul problème de Sam serait de garder l'archange loin des prostituées - et oh bon Dieu, Sam devrait lui enseigner comment se protéger. Jésus Christ. Il nota mentalement d’acheter des préservatifs et n’importe quel légume phallique, tressaillant physiquement à la perspective.


...A suivre.



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