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06 février 2012 @ 10:42
Car l’amour est fort comme la mort Chapitre 3  

Car l’amour est fort comme la mort

Chapitre 3

Crossposté sur french_slashers 

Chapitre précédent 
Titre: Car l’amour est fort comme la mort.
Auteur: Sakuri
Rating: T
Résumé: Sam/Gabe, Dean/Cas slash. Léger AU. Quatre mois après l’apocalypse qui n’a pas eu lieu, Sam, Gabriel et Castiel sont ramenés à la vie tous ensemble, obligeant Sam à composer avec deux anges soudain humains et avec le fait qu’il ne devra jamais revoir son frère.
Disclaimer: Ni Sakuri ni moi ne possédons Supernatural, on fait juste joujou!

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Castiel était tout sauf un expert en ce qui concernait les subtilités diverses des émotions humaines et tous les non dit qu’il pouvait y avoir entre individus, mais même lui pouvait dire que quelque chose avait changé entre son frère et Sam. Là où précédemment ils se chicanaient sans cesse, s’insultaient, se querellaient, le tout bien après que Castiel soit prêt à les faire taire par tous les moyens possibles, et bien maintenant il n’y avait plus qu’un silence glacial dans la voiture alors que Sam conduisait, les emmenant loin de la ville au fantôme. Il n'avait perdu aucun instant au matin, lançant les sacs dans la voiture au point du jour et les réveillant avec des éclats de voix emplis de colère. Castiel savait qu'il se sentait coupable d’ignorer la présence d'un fantôme, mais qu'il désirait au moins également emmener Gabriel loin de la tentation de danger. Ce qui le surprenait- ce qui était sans doute injuste de sa part – c’était celle des deux envies qui avait eu le dessus.

En vérité, Castiel n’était pas certain de comment il se sentait face à cette tournure des événements. Il était d'accord avec son frère sur le fait que Sam se comportait d’une façon bien trop protectrice, au point même de frôler la condescendance, et une telle attitude ne serait utile à aucun d’entre eux sur le long terme. Cependant, c'était aussi... agréable, devoir quelqu'un d'autre s'inquiéter du bien-être de Gabriel, car cela était arrivé bien trop rarement. Gabriel, alors qu'il avait sans aucun doute aimé leurs frères plus âgés avec férocité et de même pour bien des anges plus jeunes comme Castiel, semblait pour ainsi dire toujours seul. Différent. Il avait toujours été juste d’une façon que même Michael ne pouvait guère atteindre, avait possédé un petit côté indocile semblable à Lucifer, quoique sans la malice de celui-ci ; et tout ce que Castiel avait dit de son affinité avec l'humanité n’était pas entièrement faux juste parce qu’il l’avait craché sous le coup de la colère. En toute honnêteté, sa fuite du Ciel n’avait pas vraiment été le choc et le scandale que cela aurait dût être. Il était isolé dans leur famille, encore plus à cause de son indépendance, si rare chez les anges. Cela devait le rendre fou, comprit Castiel d’un seul coup, d’être aussi dépendant de quelqu’un. Peut-être que c’était la cause de l’atmosphère dans la voiture.

Il jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule, prenant un instant pour observer  Gabriel, étalé à travers le siège arrière, tapant férocement sur les touches de l'ordinateur portable en jouant au Spider Solitaire. Castiel fronça les sourcils et tourna ensuite son attention vers Sam, dont la poigne sur le volant était si serrée qu’il en avait les phalanges blanches et qui enfonçait méchamment l'accélérateur à la plus petite provocation.

Castiel ne connaissait pas très profondément Sam, donc il était plus dur de déterminer la nature exacte de sa colère - d'autant plus que les gens en général continuaient de demeurer un mystère. Il se demanda pourquoi la réaction de Sam à l’idée de chasser avec eux avait été si négative. Il était vrai qu’ils étaient plus vulnérables que des gens n’ayant jamais été des anges - mais sûrement Sam avait passé la plupart de sa vie à chasser en compagnie d’autres humains? Il avait été élevé comme un soldat qui avait simplement dû accepter les occasionnels dommages collatéraux de cette guerre - ils avaient tous dût l’accepter- alors pourquoi une réaction si viscérale maintenant ?

Si Dean avait été avec eux, Castiel lui aurait demandé d'expliquer l'incohérence de tout cela. Et Dean, probablement, aurait dit quelque chose comme, C'est le mauvais moment du mois pour Samantha, ou peut-être, Sam joue juste au con. Ignore-le. Castiel aurait permis à sa bouche de tressauter un peu dans une trace de son amusement réticent et Dean lui aurait sourit en retour; d’un sourire aveuglant, heureux d’une plaisanterie partagée.

Sam braqua brusquement vers la droite dans une démonstration de mauvaise humeur et l'image de Dean lui sortit de l’esprit.

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Castiel lisait beaucoup, ces jours-ci. Il avait commencé à lire sur d'Internet, puisque c'était le matériel de lecture qu’il pouvait se procurer le plus aisément, et il avait trouvé - et été ahuri par - les histoires incestueuses s’intéressant aux frères Winchester. Mais, outre qu’elles le faisaient se sentir vaguement inconfortable, ces versions fictives de Sam et Dean qui ne pourraient jamais faire honneur à la réalité l’avait plutôt déprimé,  donc il avait rapidement abandonné Internet en faveur des livres d’occasion et des bibliothèques. Sam l'avait aidé à choisir ce qu'il avait expliqué être 'des classiques' et Castiel avait déjà lu Hamlet, deux tomes du Seigneur des Anneaux et Les Hauts de Hurlevent (qui était jusqu'à présent son favori, parce que, alors que c'était certainement une histoire brutale et morne, c'était le seul livre qu'il avait lu qui plaidait pour l'amour transcendant la mort). Quand Gabriel découvrit son passe-temps il avait seulement exigé qu'il liste quelque chose qui s’appelait The Hitchhiker's Guide to the Galaxy. Castiel avait solennellement promis de le faire.

En fait, lorsque cela arriva, il revenait tout juste de la librairie locale, ayant demandé à Sam de le conduire. Son frère avait boudé toute la matinée, donc ils l'avaient laissé à son humeur dans la chambre de motel tandis qu'ils sortaient. Mais alors qu’ils rentraient, posant leurs clés, leurs manteaux et leurs sacs, Castiel jeta un coup d'oeil curieux aux deux lits vides, à l'écran de télé éteint, à la porte de salle de bains ouverte et à l'ordinateur portable abandonné, fronçant les sourcils. Sam, lui, peut-être habitué aux silences maladroits qui avaient surgi entre lui et Gabriel ces derniers temps, n'avait encore rien remarqué d’incorrect alors qu’il vidait le sac de courses alimentaires.

Castiel s’éclaircit la gorge avec hésitation. "Sam ? Je ne veux pas t’alarmer, mais est-ce qu'il est possible que cette ville contienne aussi une occasion de chasser un monstre dont tu aurais été inconscient ? "

L'autre homme leva les yeux, la confusion le faisant légèrement loucher. "Je ne pense pas. J'ai parcouru tous les journaux le jour de notre arrivée. Cet endroit n’a rien à signaler. Pourquoi ? "

"...Il semblerait que Gabriel soit parti."

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Il fallut à Sam  moins de dix minutes pour détruire totalement leur chambre de motel dans ses efforts pour déterminer si Gabriel n’était pas en fait en train de jouer une version élaborée et inappropriée de cache-cache. Castiel resta là à le regarder, essayant au début d’être la voix de la raison, mais concluant finalement qu’il était sans doute mieux de laisser Sam évacuer sa frustration en mettant le décor en pièces plutôt qu’en mettant en pièce un ex-archange quand ils le retrouveraient finalement. 

Quand Sam sortit de la salle de bains (ayant fini le saccage de la pièce principale depuis plusieurs minutes), Castiel l'attendait, perché sur la chaise en bois près de la porte, s’accrochant distraitement à sa nouvelle copie de Dorian Gray comme s’il était craintif de la perdre au milieu du tourbillon de la recherche.

Sam resta debout au centre de la pièce, semblant quelque peu perdu. Ses cheveux étaient désordonnés, encore plus ridicules que d'habitude et si Castiel ne se trompait pas, un petit muscle avait commencé à tressauter au coin de sa mâchoire.

"Je suis un ancien camé," siffla Sam, furieux, à mi-voix, faisant rouler ses épaules, un tic familial qui fit tressaillir légèrement Castiel. "Qui fait ça à un ancien drogué?"

Ignorant la question, qu'il assuma être rhétorique, Castiel se leva. "J'ai pris le temps d’étudier le journal tandis que tu étais ... occupé. Je n’ai pas pût trouver de référence à quoi que ce soit de suspect ou de surnaturel dans les parages, donc la situation n’est pas peut-être pas si terrible."

"Pas si terrible ? J'ai perdu ton frère, Cas!"

"Tu n’es pas sa baby-sitter." La réponse sortit plus irritable qu'il n’en avait eu l'intention et il inspira pour se calmer avant de continuer. "Gabriel est un adulte. Relativement. Et tandis que ses actions sont souvent ... pleines de pétulance, il a toujours été capable de s’assumer. En toute probabilité il a simplement gagné la ville pour se distraire et retournera quand il s’ennuiera. Cela ne devrait pas prendre longtemps-"

"Oh, vraiment– et alors? Tu crois qu’on devrait juste rester assis-là et attendre?"

"Je–"

"Ouais, et ben c’est pas au programme, Cas. Même s'il n'est pas assez stupide - bon Dieu, je l’espère - pour aller chasser tout seul, n’importe quoi pourrait arriver. Il pourrait ... je ne sais pas, être renversé par une foutue voiture ou autre chose!" Il tressaillit involontairement alors que cela ramenait un souvenir, un flash vif et déconcertant : Dean projeté dans les airs à Mystery Spot, le cri aigu de pneus, le sang de son frère s’écoulant la route.

En toute honnêteté, cela aurait été probablement quelque chose comme une justice du karma que Gabriel rencontre ainsi sa fin, mais cela n’empêcha pas Sam de réagir violemment à la simple pensée de cette mort.

En secouant la tête pour en chasser l'image, il croisa le regard bleu fixe et pas du tout convaincu de  Castiel. "Je pense que tu réagis de façon irrationnelle," l’informa l'ange platement.

Ennuyé, Sam saisit ses clés et sa veste. "Pense ce que tu veux. Je vais aller le chercher."

"Sam ..."

"Non, Cas. Plus un mot." Il vérifia ses poches. "Ecoute, reste juste là, okay ? S'il revient avant moi, appelle-moi."

Castiel soupira, admettant sa défaite, alors que le plus jeune des Winchester sortait en trombe de la pièce sans un autre mot. Un instant plus tard il entendit leur voiture sortir en rugissant de sa place de parking et le grondement s’éloigna vers la ville.

Seul, il observa autour de lui la chambre ruinée, maudissant, pendant une seconde, l’immaturité de son frère et le besoin de protection étouffante de Sam.

Dean dirait, La famille, franchement.  Qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse ?

Se répétant ce conseil à lui-même, il reprit place sur la chaise de bois rachitique et ouvrit son livre.

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Il se révéla que Sam n’avait apparemment pas la moindre idée de où Gabriel choisirait d’aller pour s’amuser. Cela n’avait rien d’une surprise, pensait-il en quittant encore un autre bar sans signe de l’archange. Pas comme s’il s’avait grand-chose sur Gabriel, en fait. Il se demandait si ce n’était pas le cas de tout le monde.

Cela faisait des heures qu’ils avaient trouvé la chambre de motel vide et Sam commençait sérieusement à flipper. Il avait vérifié chaque bar, restaurant, café et foutu magasin de sucreries qu'il avait croisés, en vain. Il avait même assuré ses arrières et revérifié certains d'entre eux une seconde fois. Il en était réduit à parcourir frénétiquement des allées de supermarché, des rayonnages de bibliothèque, des magasins de jeux d'arcade, bon Dieu (il avait sérieusement pensé qu’il tenait quelque chose, dans le dernier cas). Comme la journée s’écoulait et que son inquiétude augmentait, il avait appelé Cas deux fois juste pour vérifier que Gabriel n’était pas revenu au motel de lui-même et les deux fois il avait reçu la même réponse négative, il avait même gagné le terminus de bus quelques miles plus loin le long de la route, se demandant d'un air incrédule si l'archange était assez au fait des habitudes humaines pour faire du stop jusque là-bas. Il n’y avait pas trouvé Gabriel, cependant et n’avait plus d’autres idées, à part admettre sa défaite.

Il était assis dans la voiture au bord de la route alors qu’il commençait à faire sombre, se sentant bizarrement abasourdi. Son incursion auto-assigné dans le domaine des responsabilités était partie en fumée même plus tôt qu'il ne l’avait prévu. Bordel, comment Dean avait-il survécut à cette merde ?

Une fois, quand Sam avait douze ans, après une dispute avec leur père, il avait bourré son sac de vêtements de rechange, d’un livre, d’un sachet de M*Ms et d’un couteau et ensuite il s'était sauvé du motel du moment et avait commencé à marcher. Le début s’était bien passé. Son père n'avait pas remarqué son absence jusqu'à ce que Dean rentre, au moins deux ou trois heures plus tard, ils s’étaient mis alors à le chercher frénétiquement.

Ce souvenir fit tressaillir Sam, se demandant s’ils s’étaient sentis ainsi; se demandant si, comme lui, ils avaient soudainement été incapables d'arrêter de penser à chaque monstre dont ils avaient jamais entendu parler, sortant de l'obscurité alors qu’ils n’étaient pas là pour le repousser.

Bon, okay, Gabriel n'était pas un fugitif de douze ans – c’était toujours valide.

Cela avait été Dean qui l'avait trouvé. Bien sûr. Sam marchait le long d'une route qui ressemblait à celle-ci, affamé et fatigué et sans destination réelle, quand l'Impala avait dérapé en s’arrêtant à côté de lui et son frère l'avait traîné à l'intérieur par les cheveux. Il n'avait pas dit un mot à Sam de tout le voyage retour, n'avait même rien dit après que leur Père ait lui-même hurlé sur Sam à en avoir la voix rauque et l’ait puni pour une durée indéterminée. Dean ne l'avait pas pardonné pendant des jours, en fait, ce qui à l’époque avait semblé une éternité sans précédent.

Bon Dieu, il espérait que Ben ne ferait pas les mêmes trucs stupides que Sam avait faits en grandissant. Dean méritait la chance d’élever au moins un enfant normal.

Soudainement, l'absence de son frère était une perte viscérale, une douleur aiguë dans ses tripes.

Donnant un coup contre le volant, il se secoua avec colère. Bordel, il était vraiment une pleurnicheuse parfois. Il y avait des questions beaucoup plus urgentes à traiter.

Okay. Donc. Gabriel était parti. Cela avait probablement été seulement une question de temps, de toute façon. Il ne pouvait pas exactement forcer un archange à rester avec lui  plus longtemps si Gabriel voulait vraiment partir. Et hé, peut-être que ses pouvoirs s'étaient finalement régénérés et les choses étaient de retour à la normal. C'était... C'était bien. Super, même. On ne pouvait pas exactement lui renier l’envie de tester ses ailes après aussi longtemps cloué au sol, n'est-ce pas ? Et ouais, un  foutu mot d’adieu aurait été pas mal, mais Gabriel avait probablement des priorités différentes s'il était de retour en tant qu’ange à temps complet. Des responsabilités qu’il devait récupérer. D’autres gens qu’il avait abandonnés, à moment ou un autre. Connard.

Sam renifla, dégouté par lui-même, et mit le moteur en marche. Bon Dieu, il était pathétique. Quant n'était pas occupé à se retourner la tête au sujet de Gabriel - qui était parfaitement libre de partir quand il le voulait, en fait, particulièrement après ce que Sam lui avait dit lors de leur dernière conversation – et bien il boudait d'une façon vraiment spectaculaire sur le bonheur bien mérité de son frère. C’était stupide et égoïste et enfantin et est-ce qu’il n'avait pas gaspillé assez de sa vie avec ce genre de manie ? Il allait s'arrêter. Tout de suite. Il allait retourner au motel avec Cas (qui récupérerait probablement ses pouvoirs d'ange bientôt, lui aussi, et partirait au cours des prochains jours) et il n'allait pas gâcher un autre instant à penser à ce que Dean faisait ou où Gabriel était. Pas un.

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Sa promesse tint  les quinze minutes nécessaires pour se retrouver à mi-chemin du motel.

Il avait traversé la ville en tout sens et la route ne comprenait pas grand chose entre cet endroit et sa destination. Il y avait, cependant, un petit bâtiment de mauvais goût sur un côté de la route. Il était passé devant plus tôt mais l’avait cru fermé, mais maintenant une enseigne vacillante au néon était allumée au-dessus de l'embrasure. Il ralentit la voiture comme il s'approchait, un soupçon naissant rendant son expression meurtrière.

C'était bar, en quelque sorte; d’un genre plus rude que ce qu’il avait fréquenté avec les anges. Cela lui rappelait le Roadhouse, seulement ... plus méchant. Sam, quand il pénétra à l'intérieur, fut pour une fois tout à fait heureux de sa taille considérable et de sa stature, parce que l'endroit semblait plein de voyous et de motards qui l'observaient méchamment alors qu’il gagnait le bar. Ceci était une idée stupide. Si Gabriel avait jamais mis les pieds ici, il se serait retrouvé dehors sur son minuscule cul deux minutes plus tard. Cependant, cela ne faisait aucun mal de verifier. Enfin, il espérait.

Le barman était une femme aux cheveux noirs avec un rouge à lèvres écarlate et une tenue qui laissait peu de choses à l’imagination. Elle lui jeta un regard amusé lorsqu’il lui fit un signe de la main pour attirer son attention.

"Qu’est-ce qu’il y a, mon mignon?"

"Uhm, hey. Je, euh, cherche un gars..."

Un sourcil dessiné au crayon s’arqua. "Mauvais endroit, trésor."

"Non! Non, pas comme..." Il soupira exagérément quand il se rendit compte qu’elle se fichait de lui, puis tendit une main pour indiquer une taille, à mi-hauteur de son torse. "Il est à peu près haut comme ça, des cheveux assez longs, bruyant, et vraiment pénible?"

A sa grande surprise, son visage s’éclaira immédiatement. "Vous parlez de ce petit type, Gabe, c’est ça?"

Il en resta comme deux ronds de flan. "...Vous l’avez vu?"

Elle indiqua quelque chose par dessus son épaule. "Juste là. C’est vraiment quelque chose, ce type."

Sam ne l’écoutait plus. Il pivota sur ses talons, observant la foule, et en effet Gabriel était assis à l’une des tables du fond. Le soulagement l’envahit – et repartit aussi sec quand il observa un peu mieux. C’était Gabriel, en effet, assis à une table entouré d’hommes qui faisait passer  Sam pour petit en comparaison, et l’archange pour carrément fragile. Ils jouaient au poker.

"Dites moi que je rêve..."

Il pouvait entendre Gabriel terminant une plaisanterie tandis qu’il se rapprochait, une plaisanterie qui fit éclater les autres joueurs d’un rire brusque, rauque. Sam leva les yeux au ciel. Il n'avait pas la patience pour des politesses ou des finasseries et il s’arrêta derrière la chaise de l'archange, se penchant pour siffler directement dans l'oreille de Gabriel, "Bordel, tu fais quoi?"

Surpris, Gabriel se retourna et le regarda fixement pendant de longues secondes, avant de piailler, "Sammy!" Il avait le culot de sembler sincèrement enchanté. "Que fais-tu ici ?"

"Je te cherche," gronda Sam à mi-voix, résistant à peine à la forte envie de traîner l'autre physiquement de son siège à la voiture comme un enfant fugueur. "Je t'ai cherché toute la journée."

"Oh ?" C’était un murmure distrait alors que Gabriel étudiait sa main. "Pourquoi, qu'est-ce qui se passe ?"

"Sérieusement ? Sérieusement!" Sam céda à la tentation et le saisit par l'épaule de sa veste, le retournant pour pouvoir capter son regard. "Tu ne peux pas juste disparaître-!"

"Hé, hé!" Gabriel se débattit inefficacement, tandis qu'autour de la table les autres joueurs de carte lorgnaient la scène et riaient sous cape. "Vire tes pattes de la marchandise!"

Sam voulait le frapper. L’étrangler. S'il n’avait passé des heures à retourner dans sa tête des suppositions de plus en plus cinglées sur Gabriel déjà mort - à nouveau - il aurait voulu l'assassiner. Vu les circonstances, il  considéra qu’il s’agissait d’un exploit remarquable de sang-froid de se contenter d’aboyer, "Debout. On s’en va."

L'archange leva d'un coup sec un sourcil amusé d’une façon rappelant la barman, avant de se détourner dédaigneusement de Sam et de retourner à son jeu. "' Je ne pense pas, gamin. Je suis plutôt au milieu d’un truc, là."

"Ce n’était pas une question–"

"Peu importe. Si tu arrêtais de geindre et montrait un peu de gratitude?" Gabriel se retourna de nouveau vers lui et lui dédia un sourire malicieux. "Je gagne notre pitance."

"Tu es..." A ce moment, les yeux de Sam zoomèrent sur la pile de cash et de pièces et sur la montre hors de prix près du coude de Gabriel. "Tu gagnes?"

Et ok, peut-être que c’était une question stupide. Il s’agissait après tout de l’Embrouilleur. Il gagnait tous les jeux qu’il entamait, d’une façon ou d’une autre.

Gabriel lui fit un clin d’oeil. "Bien sûr."

 Oh, c’était vraiment pas bon.

"Sérieusement. Juste ... prend ce que tu as et allons-y." Il essaya de paraître calme et diplomatique, mais n'était pas entièrement certain d’y arriver.

L'archange agita vaguement une main. "Et priver ces messieurs de la chance de se refaire ? Sam. Vraiment. Je suis choqué." Les hommes autour de la table émirent des bruits approbateurs, firent tinter leur verres et battirent les cartes. Sam se pinça le nez avec lassitude.

"Oh, regardez-ça!" exulta Gabriel, posant violemment ses cartes avec un mouvement fleuri. "Carré d’as."

Il y eut un gémissement collectif d'irritation comme Gabriel tendait les mains vers sa pile de gains, se penchant en avant sur la table. Du point de vue de Sam, l’instant suivant sembla se dérouler au ralenti. La veste de l'archange s’entrouvrit légèrement avec le mouvement et deux ou trois jeux de cartes dégringolèrent sur la table. Gabriel se fixa, ses mains toujours tendues vers l'argent, alors que chaque regard aux alentours se dirigeait vers eux et s’assombrissait d’une façon sinistre.

"... Huh," chuchota nerveusement Gabriel en direction de Sam. "Tricher était vachement  plus facile quand je pouvais vraiment faire disparaître les cartes, tu sais ?"

Sam n’eut pas l'occasion de répondre. Le type le plus proche de Gabriel se mit brusquement sur ses pieds avec un grognement de colère, des mains massives s’abattant sur les épaules de l'archange et le tirant de sa chaise. Gabriel glapit, luttant inefficacement et ressemblant totalement à l'humain impuissant, stupidement fragile qu’il était. Sam, plus tard, ne se rappellerait pas avoir pris la décision suivante. Il réagit simplement à la vue de tout ça, une journée entière à imaginer Gabriel en danger déterminant ses actions avant même qu’il ait la possibilité d’y réfléchir.

Son poing partit en flèche avec une exactitude infaillible, atterrissant sur le nez du type. Il y eut un craquement dégoûtant, un beuglement d'atrocités et Gabriel fut lâché et momentanément oublié.

Sam secoua sa main et se campa sur ses pieds, comme tous les autres à la table sautaient sur leurs pieds furieusement et que le reste du bar émettait un hurlement assourdissant d'encouragement à la perspective d'un combat. Il eut une fraction de seconde pour enregistrer les yeux dorés de Gabriel, larges et stupéfiés et ensuite il dût esquiver comme le premier poing s’abattait sur lui.

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Comme précédemment établi, Castiel n'était pas particulièrement au point avec les émotions - particulièrement quand il s’agissait de les ressentir lui-même. Dans le passé il avait connu des nuances de ... d'émotion, supposait-il. D'habitude, elles avaient été les plus fortes quand il avait été confronté avec les humains (ou avec des êtres semblables à des humains) dont il s’était trouvé entouré au fil du temps; Sam, Dean, Anna et Gabriel avaient tous, une fois ou une autre, réussi à lui faire ressentir quelque chose, le faisant agir de façon étonnante pour lui. 

Mais c'était alors qu'il était encore un ange. Il ne reniait pas ses premières émotions mais elles avaient été des expériences différentes de ce qu’il expérimentait désormais.

Pour les humains, comme il l’avait découvert au cours des dernières heures, il y avait quelque chose de presque physique dans les émotions; un phénomène biologique. Castiel avait été béatement inconscient qu'il se voyait épargné le tintamarre d’oiseau terrifié de son coeur, le mal de tête dût au stress, l'agitation qui l'avait progressivement rattrapé comme le jour entier s’écoulait et qu’il restait seul. Il venait d'appeler le téléphone portable de Sam trois fois de suite sans réponse et 'panique' commençait maintenant à lentement remplacer ' crainte'.

Il avait tapé un autre numéro sur son téléphone; un numéro connu par coeur qu’il avait promis à Sam et à lui-même de ne jamais utiliser de nouveau. Il n'avait pas appelé encore, mais il rassemblait ses forces pour le faire.

Dean saurait quoi faire si leurs frères avaient vraiment des ennuis.

Le téléphone s’alluma brusquement dans sa main, vibrant avec force et réussissant à le faire sursauter si fort qu'il l'en laissa presque tomber. Un numéro inconnu s’afficha à l'écran. Il décrocha et porta le téléphone à son oreille, précautionneusement.

"Cas? Cas. Tu m’entends?"

"Sam."

"Hey! Parfait. Okay, écoute: j’ai trouvé Gabriel."

Castiel prit un instant pour absorber le choc brusque du soulagement. "C’est... Je suis content. Serez-vous bientôt de retour?" Il se rappela le numéro inconnu qui s’était affiché sur l’écran. "D’où est-ce que tu appelles?"

"Je, uh..."

"Sam, est-ce que Gabriel–?"

"Nous avons été arrêtés, okay?"

A suivre...
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